Comment découvrir au mieux l’archipel maltais, à l’écart des grands circuits touristiques ? Une mission délicate qui devait me permettre d’éprouver le concept de plus en plus en vue de voyage organisé “en liberté”. Débarrassé de toute contrainte logistique, carnet de route en poche, je me suis lancé sur les chemins de Malte et Gozo. Avec grand bonheur…

De Malte, je ne retenais qu’un passage trop bref, en charmante compagnie, trois ans auparavant. Un vol à bas coût, un sac à dos et pas de guide de voyage. Aucune réservation. Juste l’idée d’un séjour romantique sur une île du Sud, dont la richesse du patrimoine n’était plus à vanter. Mais sous les nuages, et à force de ne rien prévoir, nous étions totalement passés à côté de la destination. Il faut dire que la pluie n’incitait pas vraiment à marcher au hasard et à improviser selon les couleurs et les contours de l’horizon. Un guide touristique, voire une simple feuille de route, une liste de choses à voir et à faire, ainsi que les moyens de transports pour y accéder nous auraient probablement évité le sentiment d’un voyage gâché ! Car, que l’on voyage à pied, en voiture, à vélo, avoir préparé le terrain un minimum, savoir où l’on met les pieds, où l’on peut se loger, comment se déplacer… évite sur place bien des déconvenues et de temps perdu.

Les mains dans les poches

Pour les professionnels du secteur, que ce soit le Club Med ou une agence de trekking, c’est sur l’équilibre entre confort et découvertes que repose la réussite de l’« expérience » touristique. Mais autonomie et liberté ne sont pas gages de réussite d’un voyage. Quelle que soit la manière dont on pratique le tourisme, quelles que soient les motivations, un beau voyage, une belle expérience touristique résultent de ce que nos amis anglophones appellent la « convenience », soit de la fluidité entre les services, les animations, les activités, les découvertes ; bref, de l’absence de grains de sable ! Y parvenir seul est généralement le fruit de préparation et d’initiation, d’un apprentissage empirique et de terrain, ponctué d’erreurs, de peurs, de galères et de mauvaises surprises ! C’est précisément sur ce concept que travaillent depuis plusieurs années les agences de voyages d’aventure. Avec des formules qui s’intitulent « voyage en liberté » (voir encadré) que nous avons souhaité éprouver ici, sur cet archipel maltais, perdu en plein cœur de la Méditerranée, à 93 km au sud des côtes siciliennes. Ainsi, je suis retourné à Malte. Une fois encore, les mains dans les poches et sans aucune préparation. Délibérément.

Une activité nouvelle

Moi qui ai toujours voyagé par mes propres moyens, j’ai trouvé le concept d’autant plus efficace que l’archipel de Malte est probablement l’une des meilleures illustrations de ce que peut apporter un « voyage en liberté ». Si le plus petit État de l’Union européenne mise depuis longtemps sur le tourisme, ce n’est que très récemment qu’il a commencé à s’intéresser à l’offre randonnée. Les campings et chambres d’hôtes sont pour ainsi dire inexistants, ne parlons même pas de refuges ou de d’aires de bivouac. Les itinéraires indiqués comme « pédestres » sur les cartes se retrouvent, parfois, à emprunter des portions de routes, et il n’existe pas de réel circuit de randonnée qui se déroule intégralement sur sentier. Sur l’île de Gozo, la seconde de l’archipel en taille, il existe malgré tout un « tour de l’île », où l’on trouve ponctuellement un balisage. Mais si le randonneur expert ne se formalisera pas de rencontrer des marques présentant plusieurs formes, couleurs, quelques panneaux cartographiés, aucune flèche… le néophyte sera ravi de pouvoir se reposer sur un programme préétabli, et conçu par des accompagnateurs éprouvé à l’exercice.

Sur le terrain, on profite des îles loin des foules : pas d’autres randonneurs que moi en ce début de saison, si ce n’est sur l’axe menant de Xlendi Bay à Azure Window, l’un des sites naturels majeurs de Gozo. Les itinéraires proposés sont essentiellement des liaisons entre points d’intérêts, parcourables à pied, à la journée. De la randonnée en étoile, donc, avec des déplacements motorisés obligatoires pour se rendre aux points de départs et revenir à son hébergement. Un service précisément assuré par cette formule de « randonnée en liberté ».

Le carnet de route, mieux que le balisage !

À bien y regarder, à Malte et Gozo, ce concept de « voyage d’aventure sans mésaventure » prend tout son sens. Techniquement, en terme de recherche / suivi d’itinéraire ou d’offre d’hébergement, un tour du mont Blanc sera parfaitement cohérent et praticable pour un randonneur novice. Mais il présentera malgré tout un niveau de difficulté très (trop ?) élevé, là où une île comme Malte sera parfaitement accessible à tous les niveaux, tout en offrant la possibilité de découvrir une importante richesse culturelle et patrimoniale. Autre atout pour la formule de voyage que j’avais la chance d’éprouver, Malte est une destination qui, comme beaucoup d’autres, nécessite probablement qu’on y prenne son temps, et qu’on se laisse aller, au hasard de détours, vers ce qui nous attire : par-là une citadelle, par-ci une église ; par ici un cloître, par là-bas une falaise… En résumé, voyager… en liberté. CQFD.

Comment cela se passe-t-il sur le terrain ? Le Carnet de Route fourni au voyageur se substitue aisément au balisage, et devient – pour le randonneur à pied novice – une clé qui lui permet de lâcher prise et d’aller en confiance là où les autres ne vont pas. En ce sens, il enrichit les découvertes et diversifie les points de vue ; il amène le « touriste » à goûter à cette liberté de rythme, à cette solitude et à cette rencontre avec soi-même que seul offre le voyage. Bien-sûr, si les repères sont évidents, et le topo très précis, les quelques incohérences du « sentier » amènent parfois des interrogations, voire le sentiment d’être « perdu ». Perdu ? L’horizon est dégagé à Malte, le relief pas vraiment compliqué. Les « gens » ne sont jamais très loin, les routes, leurs bus et les villes qu’elles relient non plus. Partout, d’ailleurs, celles-ci émergent du paysage, quand on regarde à l’intérieur des terres… En définitive, on n’est jamais perdu assez longtemps ! D’autant que ces moments d’incertitudes quant à l’itinéraire ou à la position exacte fournissent l’occasion du détour, de s’enfoncer dans les trous, les failles des falaises, pour voir ce qui se cache derrière et, finalement, s’apercevoir que « le chemin » continue… On peut rejoindre à sa guise une plage et sa taverne, s’arrêter boire un coup, ou prendre un coup de soleil ou simplement prendre son temps.

Bilan ?

Cette semaine passée sur Malte et Gozo aura suffi à me convaincre que le concept de randonnée en liberté permet vraiment de s’initier à cette expérience unique, sans avoir en rien besoin de renoncer à son confort. Il est suffisamment flexible pour autoriser les modifications de programme, même en dernière minute, grâce au contact du correspondant local. À Malte, la liste du patrimoine historique est interminable. Si le sujet vous intéresse, vous pourriez facilement être tenté d’allonger vos journées, de modifier les itinéraires. Pas de soucis ! Au contraire, vous pourriez être fatigué de la veille et décider de rester à l’hôtel pour profiter de la piscine et du soleil, pas de soucis non plus ! La seule obligation que vous aurez — et parce que votre liberté s’arrête là où commence celle des autres — c’est de respecter les prestataires de services affectés à la réussite de votre voyage, et de les prévenir de vos changements de programme ! Passée cette contrainte, vous éprouverez sans doute rapidement qu’une semaine de « randonnée en liberté » pour découvrir l’archipel de Malte, non seulement, c’est agréable et peu éprouvant, mais aussi trop court !

Le voyage "en liberté", c'est quoi ?

La « randonnée en liberté » c’est l’aventure sans stress et sans improvisation. Vous voyagez où vous voulez,  avec qui vous voulez, et quand vous voulez, sur un itinéraire préalablement repéré, sans vous soucier de l’organisation ni de la logistique. Aujourd’hui, la plupart des agences de voyage d’aventure proposent ce concept, parfois pour un minimum de deux personnes, pour des raisons de sécurité. Leurs formules comprennent – certaines en option – la réservation des hébergements, le transfert des bagages, l’organisation des transports et, surtout, un dossier « carnet de route ». Pour éprouver ce concept, nous sommes partis comme un client lambda sur un programme proposé par Chamina Voyages, qui en a fait sa spécialité depuis très longtemps. Le dossier qui nous avait été fourni comprenait :

  • Des reproductions de cartes avec le tracé de l’itinéraire étape par étape et une carte touristique des îles maltaises à l’échelle 1/30 000 ;
  • Un topo décrivant étape par étape les itinéraires proposés.
  • Une feuille de route comportant la liste (avec adresse et n° de téléphone) des hébergements, des autres prestataires (taxis, restaurants…), et des prestations fournies. Un correspondant local est également à disposition.

Malte et Gozo

Les incontournables, à parcourir à pied !

La Valette

La capitale, classée au Patrimoine mondial. Plus de 350 monuments pour 50 ha : une concentration exceptionnelle !

M'dina

La "cité silencieuse », elle offre une plongée dans la Renaissance !

Blue Grotto

De Blue Grotto à Ghar il-Kbir : randonnée variée depuis l’arche naturelle de Blue Grotto au site énigmatique de Ghar il-Kbir (« traces » néolithiques et abris troglodytes) en passant par les temples mégalithiques de Hagar Qim et Mnajdra et les plus hautes falaises de l’île (Dingi Cliffs).

Azure Window

Une arche naturelle sur la côte de Gozo, et un lagon intérieur, classés réserve naturelle. A rejoindre en rando depuis Xlendi Bay en longeant d’impressionnantes falaises.

Les salines de Gozo

Salines de Gozo : sur la côte Nord, de très anciennes salines creusées dans la roche à deux pas des flots. A suivre de Xwieni Bay au canyon de Wied il-Ghasri.

De Mgarr à Nadur

Sur la côte Est de Gozo en suivant au plus près le sentier côtier. Journée variée alternant bord de mer et vallons cultivés.

Infos pratiques

EN AVION (2h40 de vol direct depuis Paris)

  • Air Malta : vols quotidiens au départ de Paris, Nice et Marseille
  • RyanAir : deux rotations par semaine au départ de Toulouse ou Marseille
  • Air France : vols quotidiens au départ de Paris et Toulouse.

EN BATEAU

  • Depuis la Sicile (Pozzallo en 1h30 ou Catane en 3h) ou depuis l’Italie (Gênes en 34h30).
  • Nombreuses lignes de bus reliant les différents sites touristiques de l’île au départ du terminal routier de La Valette (passage par La Valette souvent obligatoire). Quelques lignes directes entre certains sites. Circulation de 5h30 à 23h00. Tarif maxi 1€50 pour un billet valable deux heures.
  • Service de taxi officiel (taxis blancs) et non-officiel (voitures privées). Tarifs fixes depuis l’aéroport pour le service officiel.
  • En hôtel : pour tous les goûts et tous les budgets. Très nombreux sur Malte et Gozo, essentiellement sous forme de complexes en bord de mer, mais on trouve aussi beaucoup d’hôtels de charme à La Valette.
  • Chambres d’hôtes : on a vu quelques « guesthouses » dans les villes traversées mais on n’a pas visité. Nombreuses « farmhouses », chambres à la ferme, sur Gozo.
  • Campings : un seul emplacement sur Malte. Camping sauvage strictement interdit.
  • Auberge de jeunesse : une seule officielle, à Sliema, en banlieue de La Valette