8 mois plus tard

LE NEPAL, C’EST MAINTENANT !

 

Huit mois après le violent séisme qui a frappé le pays, le Népal figure toujours parmi les destinations formellement déconseillées par le Ministère des Affaires étrangères. Pourtant seule une partie de ce joyau himalayen a été touchée par la catastrophe. Aujourd’hui, la presse parle à nouveau du Népal pour une sombre histoire de blocus de sa frontière avec l’Inde. Comment le pays fait-il face ? Et qu’en est-il exactement sur le terrain ? Reportage.

 

Deux séismes et un blocus économique

Le 25 avril 2015, un séisme sans précédent de magnitude 7,8 ravageait une partie du Népal, causant la mort de près de 9000 personnes et le déplacement de 500.000 autres. Le 12 mai, la presse du monde entier était encore à inonder les journaux d’images de ruines, de désolation et de familles en pleurs que trois nouvelles secousses d’une magnitude supérieure à 7 faisaient à nouveau trembler le pays1, achevant et élargissant le travail de destruction entamé une semaine plus tôt.

Autour des épicentres de Gorkha (25 avril) et de Dolakha (12 mai), la région du Centre fut la plus gravement atteinte2 – avec le district de Gorkha (région Ouest). Bien connus des alpinistes et des trekkeurs, les secteurs du Manaslu, du Langtang, du Rolwaling et du Gaurishankar payent ainsi le plus lourd tribu aux colères tectoniques, avec des villages entiers réduits en ruines3. La vallée de Katmandou et ses sites historiques fut également touchée, mais dans une moindre mesure, les effondrements s’avérant ici plus localisés4.

Le 29.11.2015, dans le quartier d'Asan Tole à Katmandou, entre des bâtiments intacts, une femme rassemble les briques issues des vestiges de sa maison. Photo : © Brieuc Coessens
Le 29.11.2015, dans le quartier d’Asan Tole à Katmandou, entre des bâtiments
intacts, une femme rassemble les briques issues des vestiges de sa maison. Photo :
© Brieuc Coessens

 

Dès le 26 avril, secours et dons ont afflué du monde entier. L’intérêt des médias a progressivement cédé la place au festival de Cannes et à Roland-Garros, puis à la canicule, au terrorisme et aux élections régionales… Sur place, les sinistrés ont attendu parfois longtemps qu’on leur vienne en aide et que l’Etat s’intéresse à leur sort5… En Occident, la mobilisation publique est retombée, malgré les efforts des associations et des ONG pour maintenir celle-ci. Depuis lors, le Népal a promulgué sa Constitution6 – en suspens depuis plus de huit ans – , élu une femme à sa présidence7, et rencontré un nouvel obstacle à son développement : l’Indian Blockade.

L’Indian Blockade, c’est la fermeture de la frontière avec l’Inde, dont le Népal est très fortement dépendant, en réaction à l’entrée en vigueur du nouveau texte fondamental. S’estimant marginalisés par celui-ci, ce sont notamment les Madhesis, ethnie d’origine indienne établie le long de la frontière, qui sont à l’origine des protestations8 côté népalais. Mais à la suite de leurs actions, l’Inde aurait également fermé les postes frontières de son côté, prétextant une insécurité pour ses chauffeurs au-delà de celle-ci.

Ce blocage a eu pour conséquence immédiate une pénurie croissante de produits pétroliers et de médicaments, notamment9.

 

Les plus vulnérables principalement impactés

Malgré des rumeurs régulières de fin de crise, le blocus perdure aujourd’hui depuis trois mois. Sur le terrain, cette situation se traduit par un rationnement drastique des fournitures de gaz et de carburants dans les stations-services, occasionnant des queues de plusieurs kilomètres, et des attentes de plusieurs jours le long des boulevards de Katmandou. Même si les voiries sont rares et peu développées au Népal, les transporteurs routiers, les chauffeurs de taxis et les sociétés de bus en pâtissent tout particulièrement10.

En conséquence, du côté des villes, c’est tout un pan de l’économie qui s’effondre de par le manque de transports. Plus de 2000 entreprises ont déjà dû fermer leurs portes, et plusieurs centaines de milliers d’employés se retrouvent à leur tour au chômage. La précarité menace ainsi près d’un million de personnes11 !

Les plus aisés, eux, parviennent à se ravitailler en carburant au marché noir à un prix cinq fois plus élevé que la normale. Ainsi l’économie semble se maintenir, et rien ne manque, en apparence, sur les places de marché. Mais on relève une hausse généralisée de tous les produits, qui appauvrit les plus pauvres, et les expose d’autant plus aux conséquences économiques de cette crise politique. Les principaux quotidiens tirent la sonnette d’alarme. Même eux subissent de plein fouet le blocus, et sont contraints de limiter les tirages ou de réduire leurs éditions à quelques pages12 :

Coincé entre la Chine et l’Inde, le Népal se remet d’un conflit de dix ans entre les rebelles maoïstes et forces gouvernementales qui a pris fin en 2006.

Des années d’instabilité politique ont ralenti les efforts de développement, et les deux tremblements de terre meurtriers de cette année ont, en outre, entravé les efforts visant à aider 25 % des 28 millions d’habitants du pays à sortir de la pauvreté.

Dans ces circonstances, le porte-parole de la banque centrale, Mr Pangeni, affirme que ce sont les plus vulnérables qui sont le plus durement touchés : « ce sont des travailleurs d’hôtel forcés de rester en congé parce ceux-ci ont réduit les services en raison de la pénurie de carburant. Les travailleurs des transports ont perdu leur emploi, les conducteurs de rickshaws sont sans travail », a-t-il déclaré à la Fondation Thomson Reuters.

« Des dizaines de milliers de personnes qui exploitaient leur petit commerce sur la chaussée, comme les salons de thés ou les cafés, les pâtisseries, les vendeurs de rue sont au chômage. Ces personnes n’ont aucun revenu », écrit l’Himalayan Times le 12 décembre 201513.

Depuis l'intérieur du bus pour Sauraha, le 24.11.2015 à Katmandou, remplissage du réservoir à l'aide de bidons provenant du marché noir. Photo : © Brieuc Coessens
Depuis l’intérieur du bus pour Sauraha, le 24.11.2015 à Katmandou,
remplissage du réservoir à l’aide de bidons provenant du marché noir. Photo :
© Brieuc Coessens
Le 30.11.2015 à Katmandou, le quartier populaire de Thamel, d'ordinaire grouillant de monde et de touristes, paraît ici totalement déserté ! Photo : © Brieuc Coessens
Le 30.11.2015 à Katmandou, le quartier populaire de Thamel, d’ordinaire
grouillant de monde et de touristes, paraît ici totalement déserté ! Photo : ©
Brieuc Coessens

A cette crise économique s’ajoute une pénurie de plus en plus criante de médicaments et de matériel médical, de sorte que les hôpitaux sont désormais contraints de postposer des opérations vitales, ou se trouvent incapables de prodiguer des soins de première urgence14.

En bonne logique, les médias occidentaux se font le relais des informations en provenance du Népal.

A titre d’exemple, Paris Match publiait ce 17 décembre 2015 un article intitulé « Huit mois après le séisme, le Népal toujours sous les ruines »15.

Le papier décrit bien la situation actuelle de ceux qui ont souffert des secousses. Il ajoute par ailleurs que le monde du tourisme s’alarme également, il fait vivre le Népal. Et on le comprend lorsqu’on découvre la beauté époustouflante du pays. Dawa Jamba, de l’ethnie des Sherpa, a gravi cinq fois le sommet de l’Everest. Il voit sa clientèle fondre comme les glaciers des sommets de l’Annapurna. Son agence, Khempalung Adventure, pourtant réputée, a perdu les deux tiers de ses candidats aux émotions fortes.

De son côté, l’Himalayan Times précise16 que les tour-opérateurs perçoivent déjà l’impact de la crise sur le tourisme, secteur économique clé du pays. En moyenne, 800.000 touristes visitent le Népal chaque année, contribuant à plus de 11% du PIB népalais en retombées globales, selon les chiffres du World Travel and Tourism Council17.

Mais, les compagnies aériennes nationales ont réduit le nombre de vols et les hôtels ne proposent plus que des menus fixes pour faire face à la pénurie de carburant.

« Comment pouvez-vous espérer faire venir des touristes lorsque vous ne disposez même pas d’assez de gaz pour cuisiner un repas complet pour eux ? », déclare Jiban Ghimire, du groupe de voyagistes Shangri-la Trek au Népal, toujours dans Paris Match.

Le 30 octobre 2015 à Katmandou, des restaurateurs cuisinent en rue sur un fourneau à bois. Photo : © Brieuc Coessens
Le 30 octobre 2015 à Katmandou, des restaurateurs cuisinent en rue sur un fourneau à bois. Photo
: © Brieuc Coessens

Comme le rappellent les deux articles, une grande part des revenus du Népal provient aujourd’hui du tourisme, principalement axé sur l’alpinisme et le trekking. Dès lors, et là encore, de nombreux travailleurs se retrouvent aujourd’hui sans activité : du chauffeur de taxi au guide de randonnée en passant par les porteurs, ceux qui assurent le ravitaillement des équipes, des magasins, des auberges…

Les chiffres récoltés en novembre au point d’entrée du Parc national de Sagarmatha (Everest) illustrent parfaitement l’impact des seuls séismes sur la fréquentation touristique. Ainsi, pour le mois d’octobre, traditionnellement l’un des plus fréquentés, on observe une baisse de 50 % par rapport à la moyenne des trois dernières années. Et le nombre d’entrées tombe à 7 % pour le mois de mai, pourtant lui aussi l’un des plus propices au trekking !!!

Le 21 novembre 2015, copie des statistiques d'entrée dans le Parc national de Sagarmatha depuis les 16 dernières années. Photo : © Brieuc Coessens
Le 21 novembre 2015, copie des statistiques d’entrée dans le Parc national de Sagarmatha depuis
les 16 dernières années. Photo : © Brieuc Coessens

 

Son actualité desservant son image, le Népal innove pour rester attractif

Pour tenter d’inverser au mieux cette inquiétante tendance à la baisse, les autorités s’organisent avec innovation. Ainsi le Nepal Tourism Board18 – l’agence nationale de promotion du Nepal – mène-t-il activement une campagne de relance du tourisme impliquant directement les voyageurs. La démarche est simple : elle propose aux visiteurs de se prendre en selfie avec une petite pancarte proclamant « I am in Nepal Now ! » et de partager ensuite cette photo via son compte Facebook personnel ou sur la page dédiée19. L’étape suivante consiste à poster sur le site Internet nepalnow.org20 le récit illustré de son périple, le meilleur narrateur se voyant promettre de gagner un nouveau voyage pour deux personnes au Népal. Dans ce cadre, le hashtag #nepalnow est largement utilisé, et les participants à l’opération s’affichent tous plus enchantés les uns que les autres.

C’est qu’il y a de quoi ! Dans la capitale, la circulation est nettement plus faible que d’habitude, et de ce fait l’air y est beaucoup plus respirable. Les grands sites sont déserts ou presque, et partout, les commerçants ou prestataires touristiques attendent le client. Dès lors, tous sont plus disponibles et ouverts à la rencontre, et celle-ci devient d’autant plus enrichissante que votre interlocuteur n’a rien d’autre à faire. Par ailleurs, même les sentiers de trek les plus courus connaissent une baisse significative de leur fréquentation, d’autant plus grande dans les districts affectés par les séismes.

Le 30 novembre 2015, après 5 semaines de voyage, je joue le jeu de l'opération #NepalNOW devant le drapeau national. Photo : © Brieuc Coessens
Le 30 novembre 2015, après 5 semaines de voyage, je joue le jeu de l’opération #NepalNOW
devant le drapeau national. Photo : © Brieuc Coessens
28.10.2015 : Katmandou a des allures de paisible petite ville de province... Photo : © Brieuc Coessens
28.10.2015 : Katmandou a des allures de paisible petite ville de province… Photo : © Brieuc
Coessens.

 

L’actualité dessert l’image du Népal, accentuant le cercle vicieux dans lequel le pays est engagé depuis trois mois de par le blocus. La situation actuelle y est préoccupante à plus d’un titre, mais y rend-elle à ce point hasardeux le tourisme, alors qu’en ces circonstances, le peuple népalais a plus que jamais besoin de revenus extérieurs ?

Au terme de 5 semaines de voyage entre Katmandou et les districts de Dolakha, Ramechhap, Solukhumbu et Chitwan, on observe que ce sont principalement les populations et les corps de métiers établis dans les grandes villes, et tributaires d’un mode de vie industriel, qui paient le plus directement les conséquences du blocage. Ce sont eux qui doivent renoncer aux transports motorisés, à la cuisine au gaz, aux centres de santé de proximité, où l’on pourra éventuellement prendre en charge leurs urgences.

Car la majeure partie de la population népalaise continue de vivre sur un mode ancestral, où marche à pied et portage à dos d’homme font loi. Aussi, pour elle, c’est statu quo : elle continue à cuisiner au bois, à extraire ses pierres à la main sur les lieux-mêmes des futures constructions, à entretenir une économie montagnarde traditionnelle par les chemins d’altitude… En revanche, dans les 14 districts les plus affectés (sur les 75 que compte le pays), fortement accidentés et difficilement accessibles, là où les maisons sont en ruines et où l’hiver commence à se faire crûment sentir, la situation est beaucoup plus fragile. L’aide humanitaire ou financière tarde toujours à arriver aux sinistrés21, et les livraisons sont encore ralenties par la pénurie de carburants22, même si ceux-ci ne l’ont pas attendue pour se reloger provisoirement, ni pour retourner aux champs. Mais les conditions dans lesquelles ils vivent, dans des abris peu isolés et enfumés, les exposent davantage aux maladies respiratoires. Là encore, ce seront les plus faibles – enfants et vieillards – et les plus démunis, les moins protégés qui souffriront le plus23.

Cuisine traditionelle du côté de Goyam, 3400 m d'altitude (district de Ramechhap), le 03 novembre 2015. Photo : © Brieuc Coessens.
Cuisine traditionelle du côté de Goyam, 3400 m d’altitude (district de Ramechhap), le 03
novembre 2015. Photo : © Brieuc Coessens.
Carrière de pierres du côté de Khunde (Solukhumbu), vers 3800 m d'altitude, le 11 octobre 2014. Photo : © Brieuc Coessens.
Carrière de pierres du côté de Khunde (Solukhumbu), vers 3800 m d’altitude, le 11 octobre 2014.
Photo : © Brieuc Coessens.
Le 21 novembre 2015,du côté de Phakding (2600 m d'altitude, Solukhumbu), transport de cloisons pour les nouveaux lodges en construction, de 1000 à 2600 m plus haut ! Photo : © Brieuc Coessens
Le 21 novembre 2015,du côté de Phakding (2600 m d’altitude, Solukhumbu), transport de cloisons
pour les nouveaux lodges en construction, de 1000 à 2600 m plus haut ! Photo : © Brieuc
Coessens.

 

La population népalaise est rodée aux conditions rustiques. Elle est souvent traditionnelle et rurale, vivant dans des maisons sommaires, où l’eau court ou coule à l’extérieur, tandis qu’à l’intérieur un foyer à bois parfois sans cheminée fait à la fois office de chauffage et de fourneau, quand on ne cuisine pas dehors, comme on pouvait souvent le voir sur le bord de la route entre Katmandou et Pokhara, bien avant cette  Fuel crisis24.

De plus, la plus grande part du pays n’est pas couverte par une infrastructure routière, de sorte que c’est en avion qu’on circule – quand on est touriste, surtout – ou à pied, de village en village et de vallée en vallée25. Par ailleurs, en dehors des grandes villes, les communautés rurales isolées n’ont que difficilement accès aux soins de santé et aux infrastructures hospitalières, tant par manque de matériel et de médicaments que de personnel compétent26.

Aussi, le blocus de la frontière indienne n’affecte-t-il pas directement ces populations, pour lesquelles, finalement, rien ne change vraiment… Pas davantage de besoins en carburants,  et pas de changements radicaux dans l’accès aux soins de santé…

En termes de destructions, en revanche, ce sont précisément ces zones rurales isolées qui ont payé le plus lourd tribu aux séismes. Ainsi, le long des grands itinéraires du Centre, les districts de Gorkha (Manaslu), Nuwakot (Helambu), Sindhupalchok (Langtang), Dolakha (Rolwaling et Gaurishankar) et Ramechhap (Gaurishankar) présentent l’apparence de zones de guerre. Presque tous les édifices sont détruits ! Entre Jiri et Ringmo, sur l’itinéraire historique menant au pied de l’Everest, pas un village n’a échappé à la ruine27 !

Sur l'itinéraire historique de l'Everest, le 02 novembre 2015, le village de Kinja (1630 m d'altitude, district de Ramechhap) est entièrement détruit. En arrière-plan, on devine les abris provisoires... Photo : © Brieuc Coessens
Sur l’itinéraire historique de l’Everest, le 02 novembre 2015, le village de Kinja (1630 m d’altitude,
district de Ramechhap) est entièrement détruit. En arrière-plan, on devine les abris provisoires…
Photo : © Brieuc Coessens

 

Mais qu’en est-il exactement sur le terrain pour les touristes ?

Dans les secteurs de moyenne montagne impactés par les séismes, la plupart des familles se sont relogées dans des abris de fortune faits de bambou, de tôles métalliques et de plastique, ou dans des cabanes de bois, rebâties à la hâte avec les quelques roupies de l’aide gouvernementale28. Faisant preuve d’une résilience extraordinaire, ceux qui exerçaient auparavant une activité touristique ont délocalisé celle-ci dans leur abri pour continuer de fournir les services de base à leurs hôtes, presque devenus vitaux : hébergement et restauration.

Abris de fortune en matériaux de récupération pour les plus démunis, et cabanes de bois pour les autres, entre Shivalaya et Bandhar (districts de Dolakha et Ramechhap), le 01.11.2015. Photos : © Brieuc Coessens.
Abris de fortune en matériaux de récupération pour les plus démunis, et cabanes de bois pour les autres, entre
Shivalaya et Bandhar (districts de Dolakha et Ramechhap), le 01.11.2015. Photos : © Brieuc Coessens.

Cabanes shivalaya - Photo © Brieuc Coessens

A Bandhar (district de Ramechhap), le 01 novembre 2015. La plaque cabossée qui ornait l'ancien lodge en pierres totalement détruit (visible derrière) a été apposée sur la cabane des propriétaires, qui poursuivent leur activité d'hébergement et de restauration malgré tout. Photos : © Brieuc Coessens.
A Bandhar (district de Ramechhap), le 01 novembre 2015. La plaque cabossée qui ornait l’ancien
lodge en pierres totalement détruit (visible derrière) a été apposée sur la cabane des propriétaires,
qui poursuivent leur activité d’hébergement et de restauration malgré tout. Photo : © Brieuc
Coessens.

 

Dans les lodges de fortune, les prestations sont sommaires, mais largement suffisantes. Leur maintien contribue à la relance économique et à la reconstruction. Photos : © Brieuc Coessens.
Dans les lodges de fortune, les prestations sont sommaires, mais largement suffisantes. Leur maintien contribue à la
relance économique et à la reconstruction. Photos : © Brieuc Coessens.

Les prestations s’y limitent au minimum, le plus souvent un simple bas-flanc agrémenté d’un mince matelas en guise de lit, et un dhal bat – plat traditionnel composé de riz, de soupe de lentilles, de pommes de terre et d’épinards ou de blettes, parfois d’autres légumes, pour le repas. Au matin, ce sera un rustique pain tibétain ou un chapati, éventuellement accompagné de miel et d’oeufs. Autant dire de suite que ce n’est pas le grand confort, mais rien ne manque – pas même l’eau pour se laver – , et c’est largement suffisant quand on voyage… Même les petites échoppes éparpillées ça et là dans ce qu’il reste d’auberges ou dans les devantures de quelques maisons continuent d’offrir eau minérale, sodas ou canettes de bières, cigarettes et barres chocolatées pour le ravitaillement des trekkeurs. Quant aux repas, ils sont le plus souvent préparés à base des denrées produites sur place, dans les très nombreux champs s’étageant en terrasses sur les flancs des montagnes partout où c’est possible.

Le 01.11.2015, les champs de colza fleurissent les terrasses qui sculptent les pentes au-dessus de Shivalaya. Un paysage typique du Népal central, avec de nombreuses vallées accidentées et un habitat très diffus. Photo : © Brieuc Coessens.
Le 01.11.2015, les champs de colza fleurissent les terrasses qui sculptent les pentes au-dessus de
Shivalaya. Un paysage typique du Népal central, avec de nombreuses vallées accidentées et un
habitat très diffus. Photo : © Brieuc Coessens.

A Katmandou, l’économie tourne au ralenti, certes. La pénurie de gaz et de carburants est évidente, mais rien ne transparaît sur les marchés, toujours aussi bien achalandés ; les boucheries ne sont pas non plus démunies, et les vendeurs de rue dont on pouvait lire plus haut qu’ils avaient disparu officient toujours sur le pavé. Les coupures générales d’électricité se poursuivent, ni plus longues, ni plus fréquentes qu’avant 2015. Les liaisons inter-cités en car sont toujours opérationnelles. Dérogeant provisoirement à la loi, les autorités ont autorisé les passagers à voyager sur le toit des bus, ou à circuler à trois sur les motos. Les chauffeurs de taxi facturent cinq fois le prix habituel d’une course, répercutant logiquement sur le client les conséquences financières de la pénurie. Alors on assiste à des mutualisations de véhicules : chaque passager paye le prix normal de sa course, mais les chauffeurs ne démarrent que si leur voiture est pleine. On s’arrange comme on peut, « bistare, bistare », comme on dit ici, mais – pour l’instant du moins – toujours avec le sourire…

Le 30 novembre 2015 à Katmandou, les vendeurs de rue officient toujours sur le pavé et les marchés regorgent de produits frais. Photos : © Brieuc Coessens.
Le 30 novembre 2015 à Katmandou, les vendeurs de rue officient toujours sur le pavé et les marchés regorgent de
produits frais. Photos : © Brieuc Coessens.

Les hôtels de la capitale, tous « quasi vides », maintiennent leurs portes ouvertes ; de même que bon nombre de restaurants, qui proposent un menu réduit selon les ressources dont ils disposent. Le but, là encore, est de ne pas couler, et de sauver l’emploi.

La situation est donc pour le moins déséquilibrée. D’une part entre les rares grandes villes et les campagnes, d’autre part entre les zones rurales isolées touchées par les séismes et les autres, que leur économie repose ou non sur le tourisme. C’est dans ces zones que se trouvent les plus vulnérables ; c’est dans ces zones qu’une crise humanitaire menace sérieusement ! C’est donc dans ces mêmes régions qu’il est prioritaire d’orienter les voyageurs !

Entre Jiri et Shivalaya (district de Dolakha), une mère et sa fille posent devant leur abri temporaire enfumé. Plus loin, c'est à Bandhar que je rencontre cet enfant et son grand-père devant leur cabane. Ici, le bus pour Katmandou (8 heures de route) n'est qu'à trois ou six heures de marche. Photos : © Brieuc Coessens
Entre Jiri et Shivalaya (district de Dolakha), une mère et sa fille posent devant leur abri temporaire enfumé. Plus loin,
c’est à Bandhar que je rencontre cet enfant et son grand-père devant leur cabane. Ici, le bus pour Katmandou (8 heures
de route) n’est qu’à trois ou six heures de marche. Photos : © Brieuc Coessens

Ces régions, ce sont celles du Centre et de l’Ouest (district de Gorkha essentiellement), donnant accès au Rolwaling, à l’Helambu, au Langtang, au Gaurishankar et au Manaslu, mais l’on vient de voir que la résilience des villageois rend tout à fait possible d’y voyager confortablement. Du côté des autres grands secteurs de trek, le parc national de Sagarmatha (Everest) n’a été touché que légèrement sur sa limite Ouest (vallée de Thame à Lukla). Ailleurs, le Dolpo, le Mustang, les Annapurnas, le Makalu n’ont pas bougé.

Bref, le Nepal est safe ! Certes, si le blocage persiste et si l’aide humanitaire n’est pas distribuée rapidement aux plus fragiles, le risque de crise humanitaire sans précédent est réel pour des centaines de milliers de personnes. En outre, si le blocus de la frontière indienne se poursuit, on pourra légitimement craindre un soulèvement populaire !

Mais si l’on en croit les informations du Nepal Tourism Board, seul 11 des 75 districts conservent les séquelles des séismes29. D’après les agences de trek, 80 % des sentiers atteints on été réhabilités30, et l’on peut aisément constater sur place que tout est prêt pour accueillir les prochains visiteurs. Seuls ces derniers manquent, finalement. Car là où ils dépenseront leur argent pour leurs besoins de base, ils contribueront notamment à la reconstruction des infrastructures d’accueil, et ce faisant, c’est tout une économie artisanale et agricole qu’ils aideront à redécoller : du carrier au tailleur de pierres en passant par les charpentiers, les porteurs de vivres ou de matériaux de construction, les agriculteurs ou les caravaniers… En outre, ils aideront les villageois démunis à acheter eux-mêmes et directement les vêtements et couvertures dont ils ont besoin urgemment pour traverser au mieux l’hiver dans leurs abris de fortune.

Dès lors, sous un angle tout à fait pragmatique, c’est vraiment le moment d’aller au Népal ! Vous aurez le sentiment d’être seul et ne manquerez de rien, même si – pour corollaire – vous serez souvent amené à payer plus, voire beaucoup plus qu’en temps normal. Mais le voyage en vaut la peine ! Vraiment ! A la fois parce qu’il comblera votre attente d’une expérience touristique unique, mais aussi – et surtout ! – parce que les retombées de celui-ci seront bien plus efficaces que toute l’aide internationale qui dort actuellement sur des comptes en banque ou dans des entrepôts, en attendant que les parlementaires règlent leurs petites histoires, dont les gens des campagnes demeurent à mille lieues !

 

Alors allez-y : le Nepal, c’est MAINTENANT ! #NepalNow !

 

Et la vie continue... Retour d'école à Sauraha, Chitwan. Photo : © Brieuc Coessens.
Et la vie continue… Retour d’école à Sauraha, Chitwan. Photo : © Brieuc Coessens.

 

Notes

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Séismes_de_2015_au_Népal
  2. http://reliefweb.int/map/nepal/nepal-earthquake-affected-districts-june-2015-fsc-coordination-hubs-26-june-2015
    http://drrportal.gov.np/ndrrip/main.html?id=1
  3. http://www.msf-azg.be/fr/pays/nepal
    http://www.unicef.be/fr/nepal
  4. http://www.futura-s ciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/geologie-terrible-seisme-nepal-na-pas-detruit-katmandou-60458/
    1
  5. http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20150506-nepal-acheminement-aide-humanitaire-tentes-lenteurs-administratives
  6. 20 septembre 2015.
    http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/inde-new-delhi-preoccupe-par-la-nouvelle-constitution-nepalaise
  7. 28 octobre 2015.
    http://www.france24.com/fr/20151028-nepal-bidhya-bhandari-premiere-femme-president-communiste
  8. http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/10/10/le-nepal-plie-face-au-blocus-indien_4786811_3216.html
    http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20151010-le-nepal-sous-pression-indienne-election-premier-ministre-sushil-koirala
  9. http://www.tribenitrek.com/actualites-nepal.php
  10. http://thehimalayantimes.com/business/nepals-fuel-crisis-will-push-almost-a-million-people-into-poverty
  11. Idem ;
    http://www.unicef.be/fr/une-nouvelle-crise-humanitaire-menace-les-enfants-du-nepal
  12. http://nepalitimes.com/article/nation/media-in-nepal-suffers-blockade,2747
  13. http://thehimalayantimes.com/business/nepals-fuel-crisis-will-push-almost-a-million-people-into-poverty
  14. Idem
  15. http://www.parismatch.com/Actu/International/Huit-mois-apres-le-seisme-Le-Nepal-toujours-sous-les-ruines-882945
  16. http://thehimalayantimes.com/business/nepals-fuel-crisis-will-push-almost-a-million-people-into-poverty
  17. http://knoema.fr/WTTC2015/world-travel-and-tourism-council-data-2015#
  18. http://www.welcomenepal.com
  19. https://www.facebook.com/nepalNOW.org
  20. http://www.nepalnow.org
  21. http://kathmandupost.ekantipur.com/news/2015-12-15/quake-displaced-face-hardship-as-winter-progresses.htm
  22. http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/nepal/2015-11-24-le-nepal-au-bord-d2019une-grave-crise-humanitaire
  23. http://www.985fm.ca/international/nouvelles/les-enfants-nepalais-sont-menaces-par-la-maladie-e-749444.html
  24. Observations régulières faites sur site lors d’un voyage en octobre 2014.
  25. https://strates.revues.org/622
  26. http://www.zonehimalaya.net/Nepal/education.htm
  27. L’auteur a réalisé le trek de Jiri à l’Everest par l’itinéraire des trois cols du 31.10 au 22.11.2015.
  28. D’après un témoignage collecté à Bandhar, district de Ramechhap, le 02.11.2015, l’aide apportée par le gouvernement pour la reconstruction a
    été de 15,000 Nepali rupees, soit environ 130 €, pour chaque foyer sans-abri. Même témoignage rapporté par Paris Match le 17/12/2015 :
    http://www.parismatch.com/Actu/International/Huit-mois-apres-le-seisme-Le-Nepal-toujours-sous-les-ruines-882945
  29. https://www.facebook.com/nepaltourismboard/photos/pb.288284067875172.-2207520000.1450663362./868920006478239/?type=3&theater
  30. http://www.parismatch.com/Actu/International/Huit-mois-apres-le-seisme-Le-Nepal-toujours-sous-les-ruines-882945

7 réflexions sur « Le Népal, c’est maintenant ! »

  1. Bonjour,
    Merci pour votre article.Il y en a hélas trop peu sur la situation actuelle.
    Si possible merci de diffuser cette pétition.
    Le Népal subit actuellement une crise humanitaire due à un blocus exercé par l’une de ses ethnies soutenue par l’Inde pour des raisons dont la population népalaise n’est absolument pas responsable.
    Je vous invite à consulter,signer et surtout diffuser la pétition ouverte sur Change.org pour sensibiliser l’opinion et les autorités compétentes,en cliquant sur le lien suivant :

    https://www.change.org/p/pour-un-arr%C3%AAt-du-blocus-%C3%A9conomique-sur-le-n%C3%A9pal

    Cette pétition est disponible en Français et en Anglais.
    Merci pour le Népal.

    Yves Lepavec
    Chamonix Mont-Blanc
    France

  2. bravo pour ces commentaires
    Je suis allée déjà deux fois au Népal notemment à Bhaktapur que j’adore
    c’est un pays magnifique, en couleurs , en émotions ……vous ne croiserez aucun regard qui ne vous restera pas planté dans votre mémoire…….ils ont rien et vous donne tout……
    Aucun pays visité dans ma vie ne m’a donné autant envie d’y revenir toujour et encore
    Leur situation économique et politique me désespère……ils ont besoin de nous……

  3. BIEN RESUME LA SITUATION AU NEPAL SEUL BEMOL TOUT LE MONDE S EN FOUT SAUF DES IREDUCTIBLES TOI MOI ET D AUTRES ON LANCE LE CENTRE DE FORMATION PROFESSIONEL AVEC PRAMOD CE N ESP PAS GAGNE MAIS BON ESPOIR L ARGENT EST MAITRE ROI ONEN RECHERCHE DE PARTOUT INDUSTRIEL AMIS ADMINISTRATION ETC QUI NOUS AIMENT NOUS SUIVENT BIENVENUE BADJE MICHEL

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